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Défendons notre Sécurité sociale !!

Patrick Martin, le patron du MEDEF, n’a pas peur de faire de la surenchère. Pour lui, la Sécurité sociale n’est plus simplement une « charge », mais carrément une « surcharge ». Un poids qui étouffe les entreprises et pénalise l’économie :
« On ne sait plus payer nos régimes sociaux par les seules entreprises et les seuls salariés, ça limite les marges de progression des salaires, les possibilités d’emploi et ça pèse sur la compétitivité » avant d’appeler à tailler dans les dépenses de santé.

Un discours abondamment relayé par une partie de la classe politique. Notamment par Astrid Panosyan-Bouvet, l’ex-ministre du Travail, qui n’hésite pas à parler d’une « anomalie française » pour évoquer le financement de la Sécu : « 65 % de la protection sociale est financée par le travail »

L’ancienne ministre n’a pas tort sur un point : les cotisations sociales, qu’elles soient à la charge des employeurs ou des salariés, sont la principale recette de la Sécu. Mais elle se trompe sur 2 points :

👉🏼 ce financement n’est pas à hauteur de 65 % comme elle le prétend, mais plus précisément à 55 % en 2022 selon les chiffes de la DREES.
👉🏼 cela n’a rien d’une anomalie : la France est même légèrement en dessous de la moyenne européenne (55,8 %) et loin derrière l’Allemagne (64 %). D’autres pays ont fait le choix de financer leur modèle social majoritairement par l’impôt, comme le Danemark. Mais c’est une plutôt exception en Europe.

Ces différences de financement ne sont pas « anormales », c’est une question avant tout historique. La France se range historiquement dans la case des pays dits « bismarckiens », avec l’Autriche, l’Allemagne et les Pays-Bas, où la Sécurité sociale fonctionne comme une assurance. Les assurés y acquièrent des droits sociaux après avoir cotisé une fraction de leur salaire : on parle de prestations sociales contributives. L’autre grand modèle, de nature assistancielle et non assurantielle, regroupe les systèmes dits « beveridgiens » (Royaume-Uni, Irlande, Danemark, Suède) et repose principalement sur le budget de l’Etat.

Mais les frontières entre ces modèles sont de plus en plus poreuses. En France, notamment, les ressources de la protection sociale se sont progressivement diversifiées, via la création de la CSG dans les années 1990, mais aussi par le biais de la TVA, dont une partie lui est désormais affectée. Et les prestations versées ne sont plus seulement contributives, mais également sous conditions de ressources, comme c’est le cas des minima sociaux par exemple.

Reste que les cotisations sociales représentent tout de même la somme de près de 500 milliards d’euros, sur les 913 milliards qui ont été prélevés en 2022 pour payer les retraites, les soins ou encore les allocations familiales des Français. Est-ce trop, comme n’arrête pas de le répéter le patronat ? Faut-il y voir l’une des causes des difficultés économiques de la France ?

La réponse est clairement non. C’est même tout l’inverse : la Sécurité sociale n’est pas un frein à l’activité, elle joue un rôle moteur dans l’économie, elle est une source de richesse et non un coût. Cette façon de présenter les choses peut paraître aujourd’hui à contre-courant. Elle a pourtant longtemps été dominante. Historiquement, la Sécu était perçue comme un vecteur de croissance. Y compris par une partie des employeurs ! Retour au passé !
Très tôt, certains patrons ont compris qu’il était dans leur intérêt de financer des caisses, pour couvrir certains risques, comme les pensions de retraite. Mais cette prise en charge restait très aléatoire, soumise au bon vouloir des entreprises, avec des taux de cotisation qui variaient selon les professions, entraînant des distorsions de concurrence, au grand dam… des employeurs. Sans oublier que pour les entreprises, assurer elles-mêmes leurs salariés faisait peser un risque non négligeable sur leurs résultats en cas d’accident, de maladie etc.

La création de la Sécurité sociale répondait à cette demande : externaliser la prise en charge de ces risques en dehors de l’entreprise, avec un même niveau de cotisation finançant des prestations uniformes, de façon à éviter toute concurrence déloyale.

Pendant les Trente Glorieuses qui ont suivi, la croissance économique a grandement été soutenue par l’explosion des dépenses sociales, passées de 5 % de la richesse nationale en 1948 à 29 % en 1981,
Cette lune de miel entre l’économique et le social prendra brutalement fin avec les deux chocs pétroliers, dans les années 1970. La croissance ralentit, pas les dépenses sociales, compliquant sérieusement l’équation budgétaire.

Il y a eu alors un renversement de perspective. Jusque-là, la Sécu était vue comme un investissement dans l’avenir. Mais à partir des années 1970, le CNPF, qui était l’ancêtre du Medef, a commencé à s’opposer à la Sécu et a réussi à convaincre l’opinion publique que les dépenses sociales étaient un coût pour l’économie.
Résultat : à partir des années 1990, les plans de redressement de la Sécu abandonnent le levier de la hausse des cotisations. Place aux « allègements de charges », notamment sur les bas salaires, pour restaurer la compétitivité des entreprises sans trop pénaliser les revenus, la consommation étant en France l’un des principaux moteurs de la croissance.

Une politique suivie avec constance depuis lors, à tel point que le coût du travail au niveau du Smic en France est désormais l’un des plus faibles des pays de l’OCDE, à 44 % du salaire médian en 2023, contre 51 % en moyenne dans les autres pays riches, comme le rappelle la Cour des comptes.

Même affaiblie, la Sécu continue pourtant de jouer un rôle économique positif, quoi qu’en disent ses contempteurs. C’est particulièrement vrai quand l’activité dévisse. « La protection sociale est un stabilisateur automatique, rappelle l’économiste Michaël Zemmour. Les prestations sociales permettent de décorréler le revenu des ménages des soubresauts de l’économie. C’est un amortisseur de crise. » Quand les destructions d’emplois explosent, les salariés licenciés peuvent continuer à consommer grâce à leurs allocations chômage, ce qui limite la contraction du produit intérieur brut (PIB), à condition de laisser filer le déficit public.

La protection sociale joue en permanence ce rôle stabilisateur, en lissant les revenus des ménages et en leur assurant la « sécurité du lendemain » qu’appelaient de leurs vœux les créateurs de la Sécu en 1945.
Si plus de protection sociale, c’est bon pour l’économie, l’inverse est également vrai ! La diminution des dépenses sociales joue comme un frein à l’activité, et pas seulement à cause de la baisse des prestations qui pèse sur les revenus des ménages. Les craintes des Français sur l’avenir de la protection sociale, à cause de la multiplication des réformes des retraites ou des coupes dans le système de santé, peuvent expliquer le taux d’épargne important que l’on connaît aujourd’hui, et cela pénalise la demande.

L’autre grande fonction économique de la protection sociale, c’est la redistribution. Avec un effet massif : chaque année, selon l’Insee, 500 milliards d’euros sont redispatchés entre les Français. De quoi réduire significativement les inégalités de revenus : avant transferts, les ménages aisés ont un revenu dix-huit fois plus élevé que celui des ménages pauvres. Après redistribution, le revenu des plus riches est trois fois plus important. Un écart nettement moins vertigineux.

Le privé ferait-il mieux ? Rien n’est moins sûr. Le marché de l’assurance comporte de nombreux écueils.
Autre avantage non négligeable du public : la facture y est nettement moins salée. Plus on mutualise, plus on fait des économies d’échelle, ce qui permet de réduire significativement les coûts de gestion. C’est l’un des points forts des régimes de protection sociale publics par rapport aux systèmes qui reposent sur une multitude d’assureurs privés, comme c’est le cas aujourd’hui aux Etats-Unis dans le domaine de la santé.

Dans les systèmes de santé entièrement gérés par l’Etat, les coûts de gestion sont très faibles. Outre-Atlantique, les dépenses de gouvernance représentent près de 8 % des dépenses de santé, contre 5 % en France où le système est davantage mixte (un socle public complété par des organismes complémentaires privés). Dans les systèmes de santé entièrement gérés par l’Etat, les coûts de gestion sont encore plus faibles : 0,8 % des dépenses de santé en Finlande et 3,2 % au Canada.
Au total, le modèle de santé américain coûte beaucoup plus cher. Les dépenses de santé représentaient 16,5 % du PIB des Etats-Unis en 2022, un record au sein de l’OCDE, contre 11,8 % en France. Et les Etats-Unis n’en ont pas pour leur argent, si l’on en juge par leur espérance de vie, bien inférieure à celle des Français : 79,3 ans outre-Atlantique, contre 83,1 ans en France en 2023.

Dans toutes les sociétés riches, les retraites comme la santé mobilisent des besoins financiers de plus en plus importants. Et cela ne va pas s’arranger. Deux options sont possibles : socialiser ces dépenses ou les déléguer au privé. La première est plus égalitaire et évite les dérives du marché de l’assurance. La seconde est bien plus onéreuse sans être plus efficace.

La CGT porte le projet du 100% Sécu qui repose tout d’abord sur le projet initial de Sécurité sociale, véritable conquête ouvrière collective, dont on doit la concrétisation à Ambroise Croizat, Ministre communiste et militant CGT, ainsi qu’aux militants de la CGT.
Le projet du 100% Sécu porte à la fois la reconquête de la Sécurité sociale de 1945 et son aboutissement à travers l’extension de son périmètre et l’amélioration des droits.
Notre proposition de 100% Sécu est une articulation constante entre les fondamentaux du système de Sécurité sociale, une déconstruction des attaques qui ont amené au système actuel, et son amélioration
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Article publié le 10 septembre 2026.


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